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Accueil >> Campagnes >> >> Campagne OMC/AGCS >> >> Campagne "zone hors-AGCS" en Suisse >> GATS-ETTE : Bulletin d’infos de la campagne pour des zones hors-AGCS - Numéro 2 - Juin 2006  
Les accords à l’OMC permettent-ils la « croissance économique » ? Quelques chiffres pour démontrer le contraire

Cet article est une reprise, partielle, d’une réponse faite par 74 ONG à un appel publié le 8 novembre 2005 dans le journal Times par nombre de dirigeants et présidents de grandes entreprises transnationales, avant le sommet de l’OMC à Hong Kong. Les multinationales jurant que la croissance est liée au développement du libre marché et, plus encore, à la signature d’un accord sur le commerce des services (AGCS), les ONG, par cette réponse, ont voulu démontrer, chiffres à l’appui, la légèreté de leurs propos [1].

Les dirigeants et présidents des plus importantes entreprises transnationales du monde ont tenu, avant le sommet de Hong Kong, à mettre tout leur poids dans la bataille afin que des accords sur le libre commerce des services (AGCS) soient signésé. Ils ont argumenté que seul un tel accord peut permettre une poursuite (ou un renouveau) de la croissance économique et la création d’emplois. Si nous pouvons argumenter - et nous l’avons souvent fait - que ce que défendent ces entreprises est moins « un monde meilleur » que la perspective de bénéfices accrus par le passage de pans entiers du service public à l’économie privée, nous voudrions remettre en cause cette idée même d’un lien entre « développement de l’OMC » et « croissance économique ». Un peu de bon sens aurait dû suffir pour comprendre combien une telle hypothèse de causalité entre ces deux éléments montre une vision bien partielle de la réalité. Mais puisque ces directeurs d’entreprises, comme nos négociateurs à l’OMC, ne cessent d’utiliser de tels arguments, il convient, nous semble-t-il, de rectifier. On comprendra, naturellement, l’aspect artificiel - et dénué de bon sens - d’une si simple causalité. Mais, quitte à jouer le jeu de ce type d’argumentaire, on remarque que, contrairement à ce que la vulgate de nos dirigeants dit, c’est bien une corrélation inverse qui apparaît : l’existence de l’OMC correspond à un temps de crise pour la plus grande part des économies de ce monde...

Ainsi, un rapport récent du Centre de recherche pour la politique économique (Center for Economic Policy Research - CEPR [2]) compare les taux de croissance de 175 pays entre 1960 et 1979 et entre 1980 et 2000. 175 pays distribués en cinq groupes selon leur revenu par tête d’habitant au début de chacune des deux périodes. On y constate que les taux de croissance moyens, loin de croître, ont chuté de plus de la moitié. Ils étaient de 2.5 à 3% entre 1960 et 1979, et n’étaient plus que de 0.75 à 1.25% entre 1980 et 2000. Seul le groupe aux revenus par personne les plus bas a enregistré une faible augmentation, de 1.7 à 1.8%, et pourtant ce groupe compte aussi des pays à forte croissance comme la Chine et l’Inde. Les chiffres du Bureau International du Travail (BIT) [3] racontent la même histoire : s’élevant à 3.5% en 1961, le faible taux de croissance mondial a chuté à juste 1.0% en 2003.

Mais c’est en Amérique latine que l’évolution négative est la plus dramatique. Entre 1960 et 1979, la croissance s’est élevée à presque 80%. Or, entre 1980 et 2000, cette croissance s’est réduite à 11% seulement. Il s’agit de la pire performance économique de l’histoire moderne de l’Amérique latine, même si l’on y inclut la période noire de la grande dépression. Les grandes entreprises transnationales prétendent que davantage de libéralisation va renverser la tendance. En réalité, durant les 25 dernières années, l’Amérique latine a subi une libéralisation unilatérale des biens et services, en plus de la privatisation du commerce de gros, sous les diktats de plus de 80 programmes du FMI (Fonds Monétaire International).

Ces mêmes entreprises transnationales prétendent ensuite que la libéralisation du commerce va conduire à la création d’emplois. La réalité est bien différente. Entre 1990 et 2002, le chômage dans le monde s’est accru dans 7 régions sur 9. En Asie du Sud-est, il a presque doublé, passant de 3.6 en 1990 à 6.5% en 2002. Même évolution en Amérique latine et en Asie de l’Est, Chine comprise, où le chômage a cru de 30% [4]. Toutes ces régions vivent un accroissement considérable de leurs populations, mais le nombre absolu des demandeurs d’emploi s’accroît à une plus forte cadence encore. Tandis que les 200 sociétés transnationales des plus importantes représentent un quart de l’activité économique mondiale (25%), elles n’emploient que moins de 1% de la force de travail mondiale (Institut of Policy Studies, décembre 2000).

En Suisse également, on peut facilement comparer les chiffres et constater que pour l’année 2005, les bénéfices records de 63 milliards de francs ont été fait, alors qu’en même temps, Caritas annonçait que la Suisse dépassait pour la première fois le seuil psychologique de 1 million de pauvres, donc de 15% de la population doit bénéficier de l’aide sociale, l’AI ou l’assurance chômage. La très faible croissance de ces dernières années a été accompagnée par, d’un côté, des bénéfices faramineux pour les sociétés transnationales et, de l’autre, du chômage de masse. Ce sont donc essentiellement les multinationales qui profitent de la situation actuelle et cela au détriment des travailleurs (salarié-e-s). La croissance est une croissance sans emplois, et les profits ne sont pas redistribués mais réinvestis dans les marchés financiers plutôt que dans la création d’emploi.

La seule observation sérieuse que l’on peut faire est donc que l’OMC et la libéralisation du commerce ont été bonnes pour les entreprises. Ce qui ne devrait pas signifier pour autant que ces mêmes entreprises puissent émettre des allégations absurdes quant aux soi-disant avantages de la libéralisation du commerce. Les dirigeants des grandes entreprises transationales devraient d’abord examiner les statistiques et les études existantes. Faute de quoi ils risquent fort de passer pour des manipulateurs, qui n’ont en réalité d’autre but que celui de ne promouvoir que leurs propres intérêts.

[1] Merci à Michel Schroeder pour le travail de traduction du courrier original.

[2] The Scorecard on Development : 26 years of Diminished Progress, CEPR, Sept. 2005. www.cepr.net

[3] Une bonne mondialisation (« A fair Globalisation »), World Commission on the Social Dimensions of Globalisation, ILO, 2004

[4] Une bonne mondialisation (« A fair Globalisation »), World Commission on the Social Dimensions of Globalisation, ILO, 2004, page 41.

 

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Mis en ligne le 15 juin 2006

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