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Ci-dessous la réponse du comité d’attac genève à un article paru dans le journal Le Temps daté du 18 avril 2005, intitulé La potion magique des « villages-Astérix » à l’épreuve des faits, repris plus bas. A noter que le journal n’a pas publié la réponse d’attac genève... Malgré le ton extrèmement agressif de l’article qui l’a inspirée.
Il a publié par contre un courrier des lecteurs d’un membre du groupe AGCS d’attac vaud. le droit de dire non, que ce dernier nous a transmis et que nous ajoutons après l’article du Temps.
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Astérix répond !
Lundi 18 avril, Jean-Claude Péclet ironise sur les « villages-Astérix », ou communes suisses hors AGCS, avec une légèreté qui laisse songeur.
Parlons de la forme d’abord. En laissant entendre que l’association Attac pratiquerait la désinformation, Jean-Claude Péclet, s’y livre lui-même avec aigreur. Rappelons l’essentiel : 1) « les journalistes ne suivent plus guère les assemblées locales, dommage », 2) les « perroquets d’Attac » qui « se fichent de la démocratie helvétique », prétendent combler ce vide informationnel, 3) des élus naïfs écoutent benoîtement ces « bobards ».
Mais le soufflet retombe faute d’un travail d’investigation sérieux. Car enfin, pourquoi utiliser des propos aussi insultants, sinon parce que les arguments font défaut ? Pourquoi se contenter de sous-entendus ( c’est « Attac qui tient la canne à pêche »), quand la déontologie exige des faits ? En quoi l’association Attac est-elle non démocrate, en quoi des élus inquiets et mettant en question un progrès à marche forcée sont-ils des naïfs ? Nul ne le saura. Un article du Temps a-t-il jamais donné sérieusement la parole aux élus qui s’affirment hors AGCS aujourd’hui ? Comment enfin regretter le manque de mobilité des journalistes, quand on rate soi-même l’occasion d’aller au front, à savoir le 5 avril dernier, à la mairie du Grand-Saconnex (au moins 3 kilomètres de la rédaction !), qui invitait publiquement Luzius Wasescha et l’association Attac Genève ?
Le fond, ensuite. Selon Jean-Claude Péclet, comme selon Luzius Wasescha, l’AGCS n’est pas un danger. A les lire ou les écouter l’un et l’autre, on se demande même pourquoi ils mettent tant d’énergie dans ce traité puisqu’il est tellement insignifiant. Il n’y a aucun danger de privatisation de l’eau et pourtant la Suisse rejoint le projet Euromarket pour l’ouverture au capital du secteur de l’eau en chargeant l’EPFL d’étudier les possibilités d’ouverture du marché en Suisse. Il n’y a aucun danger de privatisation des écoles et pourtant Berne donne son aval à une HES privée, la « Kalaido Fachhochschule », qui propose outre-Sarine des études en économie d’entreprise et en informatique.
Selon Liuzius Wasescha les négociateurs suisses n’offriront aucun service au-delà de ce que les politiques admettent déjà . Une contre-vérité puisque l’accord stipule que les pays devront d’année en année étendre la sphère des secteurs ouverts au marché. Les zélateurs de l’AGCS oublient aussi de dire qu’il est quasiment impossible de revenir en arrière dans un secteur libéralisé et livré sur l’autel de l’AGCS, ceci même si le bilan des privatisations s’avérait négatif, tant le ticket de sortie, exigé par les entrepreneurs s’estimant lésés, s’annonce élevé. Jouer avec les générations futures en fixant les secteurs libéralisés pour l’éternité est un jeu dangereux. Oui, la logique d’augmentation progressive des libéralisations fait peur. Il y a de la folie à laisser vendre aux multinationales les biens publics. « Ils sont fous ces romains » !
Le comité d’attac-genève ( geneve@attac.org )
La potion magique des « villages-Astérix » à l’épreuve des faits
L’Accord sur les services est-il négocié dans le plus grand secret à l’OMC ?
Faux. L’eau et la santé seraient privatisées ? Faux.
Jean-Claude Péclet
Lundi 18 avril 2005
Les journalistes ne suivent plus guère les assemblées locales. Dommage, car
certains débats y atteignent un haut degré de surréalisme. Revivons, sur la
foi du procès verbal, comment la commune vaudoise de L’Abergement s’est
déclarée « hors zone AGCS » le 16 décembre 2004, se soustrayant symboliquement
à l’application de l’accord sur les services négocié à l’Organisation
mondiale du commerce.
Le syndic Roger Roch apporte en préambule « quelques éléments d’informations »
que voici, bruts de décoffrage. L’accord, « qui doit aboutir à la signature
d’un traité au 1er janvier 2005 », fera qu’à part la justice, la police et la
défense, « tout le reste devient privatisable : éducation, santé, recherche,
santé, transports, poste, eau, électricité, et même nos biens culturels tels
que musées, bibliothèques et autres ». Les engagements « mettent devant le
fait accompli non seulement notre Parlement fédéral, mais aussi toutes nos
collectivités territoriales cantonales et communales ». Les discussions se
déroulent « dans le plus grand secret et en dehors de tout débat public ».
Tout, dans ces propos, est faux, voire mensonger. Comment le conseil
communal de L’Abergement a-t-il pu avaler pareils bobards ? On ne le saura
jamais. « Un débat s’ensuit », dit laconiquement le procès-verbal, qui prend
acte de la décision. Point final.
On se croirait revenu à la belle époque du centralisme démocratique
stalinien. Sauf que cela se passe aujourd’hui, dans la campagne vaudoise, au
nom de la solidarité. Pour l’honnêteté, il faut voir ailleurs, surtout pas
du côté d’ATTAC, qui tient la canne à pèche. Outre Genève et Delémont,
Romainmôtier et une douzaine de « villages-Astérix » ont déjà mordu Ã
l’hameçon.
Il était temps que Luzius Wasescha, chef négociateur suisse, secoue un peu
le vivier comme il l’a fait la semaine dernière. Mais d’abord quelques
faits.
L’Accord sur le commerce des services (AGCS) n’est pas le prochain résultat
d’un complot. Il est en vigueur depuis dix ans, après avoir été approuvé par
le parlement suisse. A l’époque, les antimondialistes l’avaient combattu par
référendum mais n’avaient pas réuni assez de signatures. Ainsi va la
démocratie, la vraie.
Ce dont on parle aujourd’hui est une nouvelle étape de l’AGCS, qui n’entrera
pas en vigueur avant 2007 et sera préalablement, elle aussi, soumise au
parlement et à référendum facultatif. Pour l’instant, les négociateurs
suisses s’apprêtent à préciser leur offre, à la fin du mois.
Sur quoi porte l’AGCS ? Sur l’accès des prestataires étrangers à certains
secteurs de services : c’est un principe « donnant-donnant » fondamental dans
le commerce international. Il ne s’agit nullement d’une discussion sur la
privatisation des services publics, contrairement à ce que les perroquets
d’ATTAC répètent dans leurs innombrables motions et interpellations depuis
trois ans. En particulier, la Suisse n’a pris aucun engagement dans le
domaine de la distribution d’eau, de l’école publique, de la santé et de la
culture.
Sur quoi est-elle prête à faire des concessions, alors ? Elle entre en
matière sur différentes entraves concernant le conseil financier, les
ingénieurs ou architectes, les télécommunications, la distribution, l’accès
à l’enseignement privé et à certaines professions médicales marginales.
Inutile de préciser qu’avec des exportations nettes de services totalisant
24,8 milliards de francs en 2004, elle a un intérêt vital à rester au c¦ur
des discussions et que le « moratoire » demandé par les antimondialistes
équivaudrait à un lent suicide commercial.
Parmi les procès d’intention revient aussi celui-ci : la Suisse veut forcer
les portes des pays démunis pour leur soutirer encore plus d’argent pour ses
services (comprenez : ses banquiers). Ceux qui l’affirment se gardent bien de
rappeler que la Confédération n’a déposé aucune requête concernant les 40
pays les plus pauvres. Ils ignorent aussi, peut-être, que nombre de pays en
développement sont demandeurs en matière de services, l’expertise suisse y
jouant souvent un rôle utile. Pas seulement dans la finance, qui représente
un petit tiers du total, mais dans la logistique, ou l’environnement.
Demandez-le aux ingénieurs lausannois de Bonnard & Gardel, dont la maîtrise
du cycle complet de l’eau est hautement appréciée en Algérie.
On trouve la liste complète des engagements et requêtes suisses sur le site
internet du Secrétariat à l’économie, ou celui de l’OMC. Car les
négociations commerciales sont devenues en fait plus transparentes que par
le passé. Mais il est tellement plus facile de ressortir l’épouvantail du
« complot », si possible affublé du qualificatif « ultralibéral ». Succès
garanti au pays du boutefas.
Quant à l’accusation d’une libéralisation « imposée d’en haut » aux
collectivités locales, la vérité est que les cantons ont unanimement
approuvé le mandat de négociation fédéral le 13 mars 2003, que les
associations de communes sont régulièrement informées, même si aucune loi
n’oblige à le faire. Ainsi fonctionne la démocratie, la vraie.
Un petit tour sur le site internet d’ATTAC montre que ses contributeurs
n’ont qu’une vague idée de la démocratie helvétique dont ils se fichent, les
communes suisses n’étant que des pions dans leur campagne internationale.
Dans l’hypothèse (improbable) où ces pions deviendraient suffisamment
nombreux, cela aurait pour seule conséquence d’affaiblir la position de la
délégation suisse emmenée par Luzius Wasescha  celle-là même qui se bat
pour défendre à l’OMC les subventions agricoles arrosant, entre autres, les
villages « révoltés ».
Ce ne serait pas la première fois que la gauche idéologique soudée au camp
de l’immobilisme trahirait ceux qu’elle prétend défendre. La même alliance a
fait échouer la loi sur le marché de l’électricité, avec pour conséquence
qu’au lieu d’une libéralisation ordonnée, on assiste à une libéralisation
sauvage profitant aux gros consommateurs, payée par les petits.
Et rappelons, pour l’anecdote, que ce sont aussi des « communes-Astérix »
comme L’Abergement qui ont élu un certain Josef Zisyadis au Conseil d’Etat
vaudois en 1996. Après un bref passage, le popiste redevenu député dépose
des motions. Dont une datée de septembre 2002 pour dénoncer l’accord AGCS
« non transparent » et « antidémocratique ». Curieux : c’est presque mot pour mot
le langage utilisé par le syndic Roger Roch deux ans plus tard.
Le droit d’être contre
Arnaud Janin, Saint-Légier (VD)
Jeudi 28 avril 2005
Dans Le Temps du 18 avril, vous attaquez de façon grossière et caricaturale ceux qui s’opposent à l’accord sur les services négocié à l’Organisation mondiale du commerce (AGCS). Manifestement le patronat, le Seco et les journalistes affidés ont décidé de mettre en branle l’artillerie lourde pour taper sur tous ceux qui ne pensent pas droit, et en particulier sur le mouvement citoyen Attac. Mais plutôt que de traiter de menteurs ces dangereux agitateurs, peut-être feraient-ils bien d’argumenter à partir du texte même de l’AGCS. Car c’est bien l’analyse des différents articles de cet accord qui en révèle tous les dangers. Le texte affiche d’emblée la couleur : l’accord vise à « obtenir sans tarder une élévation progressive des niveaux de libéralisation du commerce des services ». Et comme les rédacteurs du texte sont des poètes, ils ont préféré écrire libéralisation que privatisation, mais c’est pareil. Et juste après il est écrit : « Les services comprennent tous les services de tous les secteurs à l’exception des services fournis dans l’exercice du pouvoir gouvernemental. » Tout est dit.
Et puis tout de même, que penser du fait que plus de 650 communes et collectivités locales en France, dont Paris et l’Ile-de-France, plus de 300 en Autriche dont Vienne, Oxford, Montréal, se soient déjà déclarées zones hors AGCS ? Tous ces élus sont-ils des imbéciles qui n’auraient rien compris aux vertus de l’AGCS et qui se seraient laissé berner par les bobards de vulgaires perroquets ? Que vous soyez un inconditionnel de la libéralisation, c’est votre droit, mais on attend de vos journalistes et des donneurs de leçons de démocratie un minimum d’objectivité. Et à tout le moins que vous acceptiez que d’autres personnes puissent penser autrement que vous et refuser le modèle de société qu’on tente de leur imposer.
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